Le 13 juillet dernier, en pleine alerte rouge, l’EHPAD public de Kerneth à Arradon (Morbihan) a lancé un appel exceptionnel aux bénévoles pour soutenir son personnel. Hubert a répondu présent et y a passé deux heures. Il en a rapporté un texte sensible et sans détour : la résignation des résidents, la fatigue d’équipes qui ne lâchent rien malgré des moyens limités, et cette question qui nous concerne tous. Chez FAREE, nous pensons que ces regards extérieurs comptent. Ils rappellent qu’une vague de chaleur n’est pas qu’une alerte météo : pour nos aînés en EHPAD, c’est une épreuve, et elle doit être anticipée.
Merci Hubert pour ce témoignage. 👇
Deux heures en Ephad public à Arradon

Alerte rouge canicule oblige, l’Ephad public d’Arradon géré par le Centre Communal d’Action Sociale a fait un appel exceptionnel aux bénévoles afin de prêter main forte au personnel. A ce titre, j’ai passé deux heures le dimanche 13 juillet à l’Ephad Kerneth.
Des résidents prostrés dans leurs fauteuils roulants, mutiques face à l’écran où l’emporte le vacarme de l’étape du Tour de France. Cruelle ironie, c’est l’étape d’hier…/… en replay ! Nous sommes dans la salle d’animation, climatisée.
L’âge ne fait aucun bruit alors que Laurent Jalabert ponctue les stratégies des « forçats » de la route. Les commentaires doucereux de Frank Ferrand sur un village de Corrèze aux toits d’ardoise semblent glisser sur l’indifférence. Deux mondes se font face, celui de la compétition et de la jeunesse et celui de la fin de partie. Celui du bruit, des klaxons, des enjeux, celui du silence intérieur, celui de la fin de parcours, ressort brisé quand le replay n’est plus possible. Personne ne réagit, ne s’enthousiasme quand une attaque fulgurante se déclenche et puis tout se complique avec les Pogaçar, Van der Poel, des noms à passer la frontière, c’était plus facile du temps de Robic (1947), de Bobet (1953), de Bernard Hinault vainqueur 5 fois du Tour dès 1978, tous Bretons s’il vous plaît. « Je suis pour tous les coureurs » me glisse une résidente, « ils sont tellement courageux avec cette chaleur ». Et ces résidents ne le sont-ils pas aussi, abimés par le temps pour la plupart, après avoir parcouru toutes ces étapes qui mènent certains à plus de cent ans. Avec des réussites comme cette dame de 89 ans qui brandit fièrement son maillot jaune au concours du meilleur « far breton ». Pas une revendication, c’est fini ce temps là. Plutôt de la résignation. Les résidents connaissent la prochaine étape, le repas à l’étage pour certains, au restaurant de l’établissement pour d’autres. Je raccompagne un vieux monsieur dans son appartement, avec un peu d’inquiètude quand il s’agit de regagner son fauteuil « merci pour votre prestation » me dit-il avec tout de même un peu de malice. Sensation d’abandon quand je le quitte dans son appartement, mais reste une fenêtre sur le monde, la télévision.
La présence d’un seul ascenseur ralentit la progression du peloton, inlassablement le personnel apporte sa présence, son écoute, et quelques visites familiales viennent rappeler d’où nous venons tous. La lassitude est là, le manque d’énergie aussi car la canicule n’éreinte pas que les coureurs qui se rapprochent de la ligne d’arrivée. Une question me traverse le cœur, combien seront- ils au départ demain ? combien serons nous au départ demain ?
L’heure est venue pour Pogaçar de revêtir son nouveau maillot jaune.
Hubert,
Arradon 13/07/2026