Dans un bilan provisoire, Santé publique France estime que la troisième canicule de l’année a touché, à nouveau, en grande majorité des personnes âgées à domicile ou en Ehpad.
Santé publique France (SPF) continue à faire remonter les chiffres des canicules exceptionnelles de l’été. Une première communication provisoire avait annoncé « environ 1.000 décès supplémentaires » entre les 24 et 28 juin, par rapport aux décès observés les mois précédents. Puis de nouvelles données avaient ciblé la période du 17 juin au 2 juillet, avec au moins 5.764 décès en excès, dont les deux tiers concernant les 75 ans et plus.
Dans un nouveau bilan provisoire publié le 19 août, SPF a recensé au moins 1.243 décès en excès toutes causes confondues durant l’épisode de canicule qui a touché 78 départements de métropole entre le 3 et le 22 juillet. Ceci correspond à une augmentation de 9,2 % de la mortalité sur cette période, 14.713 décès toutes causes ayant été recensés là où 13.470 étaient attendus, sur la base d’un modèle statistique développé dans le cadre du projet européen EuroMomo. Si cet épisode caniculaire s’est avéré moins intense que le précédent, il reste « remarquable » de par sa durée et son étendue géographique, avec 78,5 % de la population touchée, a relevé un responsable de SPF lors d’un brief presse en ligne organisé par le ministère de la santé.
Il a précisé que ces deux épisodes étaient difficilement comparables car l’intensité de la canicule est « l’un des premiers facteurs déterminants de la mortalité ». L’excès de mortalité toutes causes a été observé dans toutes les classes d’âge à partir de 45 ans : +11 % chez les 45-64 ans, +7,9 % chez les 65-74 ans et +9,7 % chez les 75 ans et plus. Les trois quarts des décès en excès enregistrés (917 sur 1.243) concernaient des personnes de 75 ans et plus. Toutes les régions étaient concernées sauf la Corse, qui a été exposée « de manière moins intense » à la chaleur. La plus touchée par l’excès de mortalité était la région Pays de la Loire, avec 236 décès supplémentaires par rapport à l’attendu, soit + 21,4 %. Les décès de toutes causes ont augmenté aussi bien dans les établissements hospitaliers que dans les Ehpad et les maisons de retraite ou à domicile, avec toutefois un « signal assez notable de décès à domicile », a relaté le responsable de SPF, tout en prévenant, à nouveau, que le codage des lieux de décès était à « prendre avec précaution » car « par exemple, un décès en Ehpad ou en maison de retraite peut être traduit comme un décès à domicile ».
Selon les données figurant dans le bulletin, pour l’ensemble des 78 départements au cours des jours concernés par une canicule, 51,1 % de l’ensemble des 14.713 décès de toutes causes enregistrés sont survenus en établissement hospitalier, 25,9 % à domicile et 18,5 % en Ehpad ou en maison de retraite.
Plus de 40.000 climatiseurs ont été « livrés à ce jour » dans les établissements de santé « et la dynamique se poursuit », a relevé à ce titre un représentant de la direction générale de la santé (DGS), rappelant que l’objectif initial était de livrer 30.000 climatiseurs mobiles et ventilateurs dans les hôpitaux.
Le responsable de SPF a par ailleurs rappelé qu’une « estimation consolidée » de l’excès de mortalité de toutes causes « pour l’ensemble des périodes de canicule » serait publiée à l’issue de la période estivale (vers septembre ou octobre en fonction de la fin des épisodes caniculaires), de même qu’une estimation de la part attribuable à la chaleur.
Selon Météo France, juillet 2026 a été le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900, relève SPF.
Et alors qu’un nouvel épisode de canicule a touché l’Hexagone entre le 29 juillet et la troisième semaine d’août, l’agence sanitaire continue de diffuser chaque semaine un bulletin sur les recours aux soins. Le dernier en date, publié le 19 août, porte sur la période du 11 au 17 août, au cours de laquelle « 91 % de la population hexagonale a été concernée par au moins un jour de vigilance orange canicule ».
Les passages aux urgences ont augmenté dans toutes les classes d’âge sur cette période pour des motifs regroupés au sein de l’indicateur iCanicule (hyperthermies ou coups de chaleur, déshydratations et hyponatrémies), tout comme les consultations SOS Médecins pour ces mêmes raisons. Dans les deux cas, les effectifs « sembl[ai]ent en diminution » depuis le 16 août.
SPF note que « les dynamiques observées dans les recours aux soins sont cohérentes avec la dynamique des températures » et rappelle que « les impacts sur la morbidité ne permettent pas de présager de la mortalité ».
« Coups de chaleur acquis à l’hôpital »
Par ailleurs, dans un entretien accordé à APMnews/Gerontonews début août, des membres de la Société de réanimation de langue française (SRLF) ont prévenu que, du fait des canicules, des situations « qu’on n’imaginait même pas » mais qui vont devenir inévitables, appellent à une mobilisation importante pour se préparer à s’adapter.
Ils s’appuient sur une enquête menée cet été auprès des services de réanimation sur le territoire français afin de déterminer l’impact des épisodes de canicule sur l’activité de ces services.
Sur 290 services de réanimation présents sur le territoire français, une soixantaine de réponses ont été obtenues à ce jour, certains services ayant pu répondre deux fois car ils ont été exposés à deux vagues de canicule. Ils ont recensé jusqu’à début août 447 admissions pour « complications de la chaleur », a fait savoir à APMnews/Gerontonews Nicolas Massart, médecin réanimateur à l’hôpital de Saint-Brieuc, copilote du comité transition écologique en santé de l’établissement, secrétaire adjoint du groupe Réagir.
La moitié de ces complications environ sont des chocs hyperthermiques, plus communément appelés « coups de chaleur ». « Ce sont des malades qui arrivent dans un état extrêmement grave, avec des défaillances de plusieurs organes vitaux », a-t-il précisé. Un gros tiers (34 % à 35 %) des admissions pour complications de la chaleur concernent des cas de déshydratation, et 15 % environ sont des cas de dysnatrémie.
Les patients sont à 70 % des hommes et 53 % ont plus de 65 ans. Il s’agit plutôt de populations assez fragiles, de patients précaires soit socialement, soit médicalement car ils présentent des comorbidités. Ces patients « font des coups de chaleur parce qu’ils sont exposés à la chaleur et n’ont pas les moyens de s’en extraire ou de se refroidir ».
Concernant le retentissement des épisodes de canicule sur le fonctionnement des services, 48 % ont rapporté des problèmes logistiques, la plupart liés à la climatisation, a rapporté le Dr Massart. Ainsi, « au-delà d’une certaine température, des climatisations ne pouvaient plus refroidir les services ».
« À l’échelle de l’hôpital, ces vagues de chaleur ont généré beaucoup de dysfonctionnements, avec des répercussions sur les patients car, même si cela a été peu rapporté, il y a eu des coups de chaleur acquis à l’hôpital [de patients hospitalisés pour une autre maladie, pas très grave, et qui se retrouvent en réa avec un coup de chaleur, une maladie très sévère], dans un certain nombre de services », a rapporté Guillaume Carteaux, de l’hôpital Henri-Mondor (Créteil, Val-de-Marne, AP-HP), secrétaire général de la SRLF. Ces cas doivent cependant être étayés.
À l’inverse, les services des urgences ont été engorgés par les patients victimes de complications liées à la chaleur, et cela a généré des difficultés à gérer les patients venus pour autre chose.
« Après l’expérience de cet été, cela me paraît illusoire de se dire qu’on va pouvoir adapter tous les hôpitaux dans les 20 prochaines années à une augmentation des températures à +4°C », a commenté le Dr Massart, appelant à « une mobilisation assez importante pour se préparer à accueillir des masses. »
Source : gerontonews.com