Adoptée le 15 juillet 2025, la loi relative au droit à l’aide à mourir marque un net recul dans la prise en compte des proches aidants par rapport à la loi sur les soins palliatifs votée quelques semaines plus tôt. Alors que ce premier texte prévoyait un soutien psychologique explicite pour l’entourage et des pistes de réforme du congé de solidarité familiale, la loi sur l’aide à mourir ne garantit un accompagnement psychologique qu’au patient lui-même. En commission, un amendement visant à étendre cette garantie aux proches a été rejeté, au motif que les ressources médicales ne pouvaient être extensibles à un cercle familial jugé difficile à délimiter.
Cet oubli n’est pas anodin : la France compte plus de 9 millions de proches aidants, selon les chiffres officiels, et ce sont souvent eux qui accompagnent au quotidien la personne en fin de vie, notamment à domicile. Le texte de loi décrit précisément le protocole médical entourant l’administration de la substance létale, mais s’arrête net une fois le décès constaté : rien n’est prévu pour ceux qui restent dans la pièce, alors même qu’ils sont en première ligne du soin à domicile.
Pourtant, la recherche scientifique montre que l’accompagnement du deuil après une mort assistée n’est pas condamné à mal se passer. Une étude néerlandaise menée en 2003 a révélé un risque de deuil traumatique plus faible après une euthanasie qu’après une mort naturelle, à condition d’un accompagnement adéquat. À l’inverse, des travaux suisses de 2012 ont mis en évidence un stress post-traumatique plus marqué chez les témoins d’un suicide assisté livrés à eux-mêmes. La différence se joue donc bien dans la préparation, le dialogue et le suivi proposés à l’entourage — précisément ce que la loi actuelle ne prévoit pas.
Les décrets d’application de cette loi restent à écrire, ce qui laisse une fenêtre pour corriger le tir. Les auteurs de la tribune appellent à créer un véritable parcours de l’aidant en fin de vie : entretiens dédiés avant et après le décès, repérage des situations de vulnérabilité, suivi de deuil systématique articulé aux maisons d’accompagnement. Il s’agirait, selon eux, de reconnaître enfin la réalité vécue dans chaque chambre : non pas un face-à-face entre patient et médecin, mais une triade patient-soignant-aidant que la loi française pourrait être la première au monde à inscrire pleinement dans son droit.
Source : Le Monde